83 ans jour pour jour après son arrestation, Nice rend hommage à Arno Klarsfeld. Un moment de recueillement est organisé ce mercredi à 16h30 devant le 15 rue d'Italie, à l'occasion de l'anniversaire de la rafle du 30 septembre 1943.
L'invitation de la Ville annonce notamment la présence de Béate et Serge Klarsfeld. Mais le choix de cette adresse ne doit rien au hasard. En 1943, la famille Klarsfeld vivait précisément dans cet immeuble du centre de Nice.
Dans la nuit du 30 septembre, les Allemands viennent y arrêter la famille. Arno Klarsfeld avait anticipé ce risque en aménageant un double fond dans une penderie de l'appartement. Sa femme Raïssa et leurs deux enfants, Georgette et Serge, alors âgé de 8 ans, s'y cachent.
Arno, lui, reste à l'extérieur.
Cachés derrière une penderie pendant la rafle
Serge Klarsfeld a raconté des décennies plus tard cette nuit qui allait marquer toute son existence. Alors que les Allemands arrivent, son père comprend immédiatement ce qui se passe.
"Vers minuit, on a vu les projecteurs sur le plafond, et [entendu] le bruit des camions. Mon père a dit : "C'est la rafle"."
Les policiers allemands fouillent l'appartement. Arno affirme que sa femme et ses enfants ne sont pas présents. Derrière le double fond de la penderie, Raïssa, Georgette et Serge attendent.
Un policier inspecte précisément le meuble et repousse les vêtements. Serge Klarsfeld décrira plus tard ce moment où quelques centimètres le séparent de l'arrestation.
"quand un Gestapiste a rebattu les vêtements sur la tringle pour voir si quelqu'un n'était pas caché derrière, je savais que s'il allait se rendre compte en le touchant que le mur n'était que du contreplaqué, ma mort était certaine."
La cache n'est finalement pas découverte. Raïssa et ses deux enfants échappent à l'arrestation. Arno Klarsfeld est emmené.
Selon un souvenir rapporté par son fils, Arno avait conscience du danger et aurait expliqué à sa famille : "Moi je suis fort, je survivrai, mais vous ne survivrez pas dans les camps où on vous enverra."
De Nice à Auschwitz
L'arrestation intervient quelques semaines après un basculement majeur à Nice. Après l'annonce de l'armistice entre l'Italie et les Alliés le 8 septembre 1943, les troupes italiennes quittent la zone et les forces allemandes prennent le contrôle de la ville.
Le SS Alois Brunner arrive à Nice le 10 septembre avec un commando chargé de traquer les Juifs. Des arrestations sont menées dans les rues, les hôtels et les appartements. L'Hôtel Excelsior, près de la gare, devient un centre de regroupement avant les transferts vers Drancy.
C'est dans ce contexte qu'Arno Klarsfeld est arrêté.
Il arrive au camp de Drancy le 5 octobre 1943, où il est enregistré sous le matricule 5 989. Le 28 octobre, moins d'un mois après son arrestation à Nice, il est déporté vers Auschwitz-Birkenau par le convoi n°61.
Ce convoi transporte 1 000 personnes, dont 136 enfants. Il arrive à Auschwitz le 31 octobre. Arno Klarsfeld y reçoit le matricule 159683.
Les sources mémorielles situent sa mort à Auschwitz durant l'été 1944, sans permettre d'établir avec certitude les circonstances exactes de son décès.
Une nuit qui a marqué la vie de Serge Klarsfeld
Raïssa, Serge et Georgette survivent à la guerre. Après leur fuite de Nice, ils trouvent notamment refuge en Haute-Loire jusqu'à la Libération.
Pour Serge Klarsfeld, devenu historien et avocat et engagé avec son épouse Béate dans la mémoire de la Shoah et des Juifs déportés de France, cette nuit du 30 septembre 1943 restera une référence fondamentale.
"Cette nuit de la rafle est restée toute ma vie, comme pour tous les enfants juifs qui ont connu des rafles et perdu des êtres chers, une référence qui a forgé mon identité juive", a-t-il raconté.
Le 15 rue d'Italie est depuis devenu un lieu de mémoire. Une plaque en hommage à Serge Klarsfeld et à son père Arno y a notamment été dévoilée en 2021.
Ce mercredi, exactement 83 ans après la rafle, Béate et Serge Klarsfeld sont annoncés à cette même adresse pour le moment de recueillement organisé à 16h30.






