Près de quarante heures avant de signaler la disparition. Deux plaisanciers ont été condamnés à Nice pour ne pas avoir porté secours à leur ami, disparu de leur voilier dans la nuit du 25 au 26 août 2023, à proximité de l'île de Porquerolles.
Le voyage avait commencé le 24 août vers 17 heures. Trois amis et un enfant de 7 ans avaient quitté Port-Saint-Louis-du-Rhône, dans les Bouches-du-Rhône, à bord du voilier L'Alchimiste. Leur destination était Villefranche-sur-Mer, où ils devaient récupérer la mère de l'enfant, également propriétaire du bateau.
Le lendemain soir, les trois hommes organisent leurs quarts. L'un part se reposer avec l'enfant, un autre prend les commandes du voilier tandis que le troisième, âgé de 67 ans et considéré comme le moins expérimenté, se trouve à l'avant du bateau, sur la delphinière.
La mer est calme et les conditions de navigation sont bonnes. Aux alentours de minuit, au moment de passer le relais, l'homme à la barre constate pourtant que son compagnon n'est plus à bord. Il affirme l'avoir cherché partout. À l'endroit où le sexagénaire devait se trouver, des traces de sang sont découvertes.
Près de 40 heures avant de signaler la disparition
Malgré la situation, les deux plaisanciers ne donnent pas l'alerte. Ils disposent pourtant d'un téléphone portable et d'une radio VHF permettant d'aviser le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross). Le voilier poursuit sa route.
Selon Me Raphaël Romi, avocat de l'un des prévenus, les deux hommes auraient pensé que leur compagnon avait probablement mis fin à ses jours, compte tenu de ses antécédents psychiatriques et de sa fragilité psychologique. La défense explique également qu'ils se seraient trouvés dans un "état de sidération" après la découverte des traces de sang, alors qu'un enfant de 7 ans se trouvait à bord.
Le 26 août, une avarie mécanique contraint finalement les plaisanciers à demander à accoster en urgence à Nice. Ils entrent alors en contact avec les responsables du port, mais ne déclarent toujours pas immédiatement la disparition.
Ce n'est que le lendemain, le 27 août vers 16 heures, qu'ils se présentent à la brigade de gendarmerie maritime. Près de quarante heures se sont alors écoulées depuis la découverte de la disparition de leur ami.
Le corps de l'homme de 67 ans n'a jamais été retrouvé.
La piste d'un homicide volontaire finalement écartée
Le comportement des deux hommes après la disparition a alimenté les interrogations des enquêteurs. Une enquête avait initialement été ouverte en envisageant notamment l'hypothèse d'un homicide volontaire.
Cette piste n'a toutefois pas été retenue à l'issue de l'instruction. Aucun élément n'a permis d'établir que les deux plaisanciers avaient tué leur compagnon. Ils ont finalement été renvoyés devant le tribunal correctionnel pour non-assistance à personne en danger.
À l'audience, leur avocat a insisté sur les liens entre les trois hommes. Selon Me Raphaël Romi, les prévenus connaissaient "ses fragilités" et "souhaitaient lui offrir un cadre apaisant" en l'emmenant avec eux. Il a décrit "une relation d'amitié et de bienveillance".
Le parquet, représenté par Hervé Leroy, avait requis trois mois de prison avec sursis contre l'un des prévenus et six mois avec sursis contre l'autre. Une différence notamment motivée par leur rôle respectif à bord et leur expérience nautique, l'un d'eux ayant déjà traversé l'Atlantique.
Le tribunal, présidé par Isabelle Demarbaix-Joando, a finalement prononcé une peine identique contre les deux hommes : douze mois d'emprisonnement avec sursis.






