Garibaldi est né français à Nice — et il n'a jamais accepté que Nice redevienne française

Garibaldi est né français à Nice — et il n'a jamais accepté que Nice redevienne française

Le héros de l'unité italienne naît à Nice en 1807, quand la ville appartient à l'Empire français. En 1860, Garibaldi combat le rattachement de toutes ses forces. En 1871, élu député de Nice, il démissionne en cinq jours.

Le paradoxe est complet, et il tient en deux dates. Giuseppe Garibaldi naît à Nice le 4 juillet 1807. À cette date, Nice n'est pas sarde : elle est française, intégrée à l'Empire depuis les guerres de la Révolution. Le futur héros de l'unité italienne naît donc citoyen français.

Le congrès de Vienne rend Nice au royaume de Sardaigne en 1814. Garibaldi grandit sujet du roi de Turin, et c'est cette appartenance qu'il revendiquera toute sa vie : pour lui, sa ville natale est italienne.

L'année 1860 renverse tout. Napoléon III soutient l'unité italienne pour contenir l'Autriche, mais réclame une contrepartie : la Savoie et le comté de Nice, deux verrous militaires. Le principe en est arrêté dès 1858, à Plombières, entre l'Empereur et Cavour. Le traité de Turin, le 24 mars 1860, entérine la cession.

Garibaldi est alors député de Nice au parlement de Turin, élu aux côtés de Charles Laurenti Robaudi ; tous deux s'opposent farouchement à l'annexion. Sa voix est la plus forte contre le traité. Elle ne pèse rien. Un plébiscite est organisé les 15 et 16 avril 1860 : sur 30 712 inscrits dans le comté, 25 743 votent pour le rattachement, 160 contre.

Les opposants avaient appelé à l'abstention, ce qui explique une part du résultat ; le reste tient à la pression des curés, des syndics et des fonctionnaires, et à des irrégularités documentées — à Levens, 407 inscrits produisent 481 suffrages exprimés.

Les conséquences sont brutales. L'italien, langue officielle du comté, employée à l'église, à la mairie et enseignée à l'école, est immédiatement remplacé par le français, et les journaux italophones sont interdits les uns après les autres. Environ onze mille Niçois, soit un quart de la population, choisissent l'exil vers l'Italie : c'est l'exode niçois.

Le dernier acte se joue en 1871. Aux premières élections libres du comté, les listes pro-italiennes raflent la quasi-totalité des voix et Garibaldi est élu député des Alpes-Maritimes. La foule descend dans la rue aux cris de "Viva Nizza ! Viva Garibaldi !". Le gouvernement envoie dix mille soldats, ferme le journal Il Diritto di Nizza et emprisonne des manifestants. Du 8 au 11 février, la ville se soulève : ce sont les Vêpres niçoises, réprimées par la troupe.

Le 13 février, devant l'Assemblée réunie à Bordeaux, Garibaldi se voit refuser la parole et démissionne aussitôt. Victor Hugo démissionnera à son tour, en signe de soutien.

Le saviez-vous ? La place Garibaldi, l'une des plus belles de Nice, porte le nom d'un homme qui a passé sa vie à réclamer que Nice cesse d'être française. Le courant qu'il incarnait ne s'est pas éteint avec lui : l'irrédentisme niçois a persisté jusqu'en 1914.