Les services d’investigation des Alpes-Maritimes seraient arrivés à un point de rupture.
Dans une lettre ouverte publiée ce jeudi 6 août, Alliance Police nationale 06 dénonce une "dégradation sans précédent" des conditions de travail des enquêteurs. Le syndicat affirme que la hausse continue du nombre de procédures se conjugue à une diminution des effectifs dans l’ensemble des services judiciaires du département.
Groupes d’appui judiciaire, brigade des accidents et délits routiers, brigade des mineurs, unités spécialisées dans les violences intrafamiliales ou services locaux de police judiciaire : tous seraient confrontés à une surcharge devenue structurelle.
Alliance prend notamment l’exemple de la brigade des accidents de Nice. Selon l’organisation, ses effectifs sont passés de 21 enquêteurs en 2015 à huit aujourd’hui.
"Selon les prévisions actuelles, elle ne compterait plus que cinq enquêteurs en septembre 2026, dont un seul officier de police judiciaire, pour assurer le suivi de plus de 11 000 procédures", alerte Julien Hausknecht, secrétaire départemental du syndicat.
La brigade des mineurs devrait, de son côté, gérer près de 600 dossiers, dont environ 180 affaires à caractère sexuel, avec douze officiers de police judiciaire. Des effectifs également appelés à diminuer dans les prochaines semaines, affirme Alliance.
Près de 1 500 dossiers pour 12 enquêteurs spécialisés dans les violences intrafamiliales
Le syndicat décrit aussi une forte hausse de l’activité du groupe chargé des violences intrafamiliales au sein du service local de police judiciaire de Nice.
Son portefeuille aurait progressé de 42,9 % en 2025, soit 418 dossiers supplémentaires par rapport à l’année précédente. Depuis la création de cette unité en 2018, le nombre de procédures qui lui sont attribuées aurait augmenté de 323 %.
Début juin 2026, 1 468 dossiers étaient recensés pour seulement douze enquêteurs, selon les chiffres avancés dans la lettre ouverte.
"Comment assumer nos missions au service des victimes dans de telles conditions ? Comment ne pas s’interroger sur les contentieux en priorité nationale en laissant mourir ceux qui doivent les traiter ?", interpelle Alliance.
À cette charge s’ajouterait la diminution des personnels administratifs. Les policiers seraient ainsi contraints de consacrer une part croissante de leur temps au secrétariat, aux statistiques et au suivi administratif, au détriment des investigations.
Pour le syndicat, les conséquences touchent directement les victimes : "Les délais d’enquête s’allongent, parfois sur plusieurs années, notamment dans les dossiers de violences sexuelles, de violences intrafamiliales, de maltraitance sur mineurs ou d’accidents graves".
Dans le même temps, les enquêtes nécessitent davantage d’exploitation de données numériques, de vidéosurveillance, de téléphones, d’expertises scientifiques ou d’investigations financières, alors que les moyens humains diminuent.
Des difficultés également signalées à Cannes, Cagnes-sur-Mer, Menton et Grasse
La situation ne se limiterait pas à Nice. Alliance évoque plus de quatorze départs annoncés à Cannes à la rentrée de septembre et estime que les redéploiements permanents entre groupes ne suffiront plus à garantir la continuité du service.
À Cagnes-sur-Mer, les mutations, arrêts maladie, détachements et indisponibilités auraient également entraîné une perte importante d’effectifs. Les commissariats de Menton et de Grasse seraient confrontés aux mêmes difficultés, avec un déficit d’enquêteurs et une accumulation des procédures en attente.
Le syndicat s’inquiète enfin de l’attribution aux policiers de nouvelles missions relevant des enquêtes sociales renforcées, estimant qu’elles alourdissent encore leur charge de travail "au détriment de leur cœur de métier : l’investigation judiciaire".
L’organisation demande un renforcement massif des effectifs d’enquêteurs et de personnels administratifs, ainsi que l’arrivée de 40 assistants d’enquête dans le département. Elle réclame aussi une revalorisation de la fonction d’officier de police judiciaire, un allègement des tâches administratives et une simplification de certaines procédures.
"Il ne s’agit plus d’une simple alerte. Il s’agit d’un appel à une mobilisation immédiate afin de préserver la capacité des services d’investigation à remplir leurs missions", conclut Julien Hausknecht.
Une prise de parole qui a fait réagir le maire UDR de Nice, Eric Ciotti. "Dès le 9 mars, j’ai écrit au ministre de l’Intérieur pour exiger ces renforts nécessaires. La sécurité des Niçois ne peut plus attendre !", indique-t-il sur ses réseaux sociaux.






